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Depuis Les époux Arnolfini (Londres, National Gallery), le miroir na cessé de fasciner les peintres, qui ont décliné sa représentation de multiples manières. Sans doute le tableau de Van Eyck nest-il pas le premier du genre (et dans le contexte qui nous occupe, peu importe), mais sa surprenante composition continue den faire un point de référence en la matière. Autre élément qui traverse lhistoire de la peinture occidentale, le rideau, tel celui que Rembrandt peint en trompe-lil sur une Nativité (Kassel, Musée des Beaux-Arts), invitant fictivement le regardeur à dévoiler lui-même la composition. En 1962, Michelangelo Pistoletto combine ces deux archétypes dans Tenda verde (Musée des Beaux-Arts de Bruxelles), une peinture-miroir qui renvoie son reflet au spectateur, mais lui permet de se « protéger » du regard de luvre, en sabritant derrière limage du rideau qui couvre à moitié le tableau. Autant de références que lon peut évoquer au sujet de la jeune new-yorkaise Carrie Yamaoka, dont le travail questionne les rapports quentretient luvre devenue miroir avec son environnement. Composés de feuilles de mylar superposées fixées par de la résine époxy, ses tableaux nen portent pas moins les traces de leur réalisation. Au contraire dun Nicolas Kozakis dont les icônes à base de peinture industrielle présentent laspect lisse et fini dune carrosserie, celles de Carrie Yamaoka comportent des protubérances qui brisent le poli du matériau des bulles dair prises entre les feuilles au moment du fixage. Ces tableaux-objets en perpétuel devenir invitent le spectateur, mais aussi lenvironnement qui les accueille, à participer activement à la réalisation de luvre.
Autour de Carrie Yamaoka, Jérôme Jacobs a convié dautres artistes qui, chacun à leur manière, remettent en question les limites fixées par la hiérarchisation des beaux-arts. Pol Bury, bien sûr, dont les « plans-mobiles », réalisés dès 1953, invitent le spectateur à manipuler les formes fixées au support ; par la suite, lartiste adjoint un moteur au tableau, le transformant en sculpture cinétique. Jeremy Blake ensuite, représentant une nouvelle génération qui dispose de moyens technologiques sans cesse plus sophistiqués. Les projections de Blake boucles visuelles de plusieurs minutes évoquent une combinaison devenue mobile entre loptical art et les grandes compositions dun Sam Francis ou dun Kenneth Noland. Lartiste mêle des images digitales à des photographies ou extraits de films, créant détranges associations. Les films de Blake évoquent le travail du VJ, tout comme les tableaux de Fiona Rae sont des samplings déléments visuels issus tant de lhistoire de lart moderne que de la culture populaire, « Miro to Micky Mouse, Kandinsky to Krazy Kat ». Cette culture du mixage est aussi celle de Charley Case, comme en témoigne son étonnant site www.sangam.be, périple visuel auquel répond un Carnet de voyage composé de croquis (Ed. Didier Devillez). Les impressions couleurs de Gaston Bertin, qui ont une indéniable parenté avec lesthétique de Jeremy Blake, sen éloignent toutefois par la technique mise en uvre, plus artisanale et proche de la matière : « Ce que jobserve je le dessine, puis je crée des collages, ce sont ces collages que je photographie. Ces photos ne sont pas abstraites, ce sont des interprétations. Jutilise un appareil photo traditionnel, des techniques photographiques traditionnelles. Je réalise mes propres tirages. » Dans un tout autre registre, cest la lumière qui sert de matériau de base à Martin Richman : pour des objets de petites dimensions (ses « bookspaces », espaces lumineux qui rythment les rayons dune bibliothèque), ou dans le cadre de spectaculaires interventions publiques (illuminations pour les docks de Londres ou pour une usine de Birmingham) ; ses sculptures composées de miroirs sans teint participent au processus de dématérialisation de lobjet initié par lutilisation de la lumière. Barbara Kruger, elle, sattaque avec des mots aux images quelle sapproprie dans divers media ; le regard du spectateur oscille entre la reproduction noir et blanc, et le texte (généralement blanc sur rouge), porteur dun message agressif, souvent lié à une critique du pouvoir mâle dominant ou de la société de consommation. Cette instabilité sémantique est ici renforcée par un effet visuel, limage/message changeant en fonction de la perspective. Enfin, bouclant ce tour dhorizon, la grande colonne vertébrale surmontée dun crâne en verre témoigne de lintérêt de Katharine Dowson pour linteraction entre art et sciences ; mais surtout, au même titre que le miroir, nest-elle pas lévocation dun thème sans cesse renouvelé ? Vanitas
Pierre-Yves Desaive
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