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After Nature
A traduire littéralement par daprès nature, le titre de la nouvelle exposition proposée par Jérôme Jacobs chez Aeroplastics se réfère directement au système des beaux-arts et ceci, lon sen doute, avec une certaine ironie. Car de quelle nature sagit-il ? Non pas de celle, idéalisée, des peintres académiques, comme en témoigne le travail de Joy Garnett (USA) : explosion du Concorde en vol, désintégration de la navette Challenger, balles traçantes dans la nuit irakienne, explosions atomiques, prises dotages ou scènes démeutes : autant dimages dactualité solidement ancrées dans la fin du XXe et le début du XXIe siècle. Dans le même ordre didée, Ronald Ophuis (NL) poursuit son travail sur les massacres de Srebrenica, mais en abandonnant le style outrancier qui caractérisait ses évocations des camps de la mort, pour approfondir une réflexion basée sur la suggestion sans jamais vraiment tourner le dos à lévocation du macabre. Le jeune Mathieu (B), dont cest la première exposition en galerie, sinspire lui aussi de photos dactualité, quil retouche et recouvre, usant du support inhabituel de toiles cirées. Jan De Lauré (B), dont cest également la première exposition, confirme cette tendance bien ancrée à revisiter lhyperréalisme. Sil pratique une technique fort similaire, ce nest pas dans lactualité télévisée ou dans la rue que Terry Rodgers (USA) puise son inspiration, mais dans le monde glamour de la jet set, où échangisme, culte du corps et ennui semblent faire bon ménage, comme en témoignent ses tableaux aux couleurs saturées. Les reines de beauté peintes par Michael Van den Besselaar (NL), bien que très typées esthétiquement, semblent étrangement placées hors du temps ; il utilise également des images du petit écran, dans une série de portraits féminins qui soulignent la débauche dartifice inhérente à toute prestation télévisuelle. David Nicholson (CAN) utilise des photographies, souvent personnelles, quil nhésite pas à retoucher pour les besoins de la composition en témoignent ces deux enfants jouant avec un crâne ; la carcasse de mouton quil a photographiée dans un arrière-cour au Maghreb prend, dans son tableau, une allure quasi héroïque. Au contraire, les petits tableaux dAmanda Besl (USA) évoquent des polaroïds, des détails saisis furtivement et retravaillés dans un style expressionniste, sans rien ôter de la candeur souvent feinte de ses modèles adolescents. A cette photographie contemporaine, Marianna Gartner (CAN) préfère les images début de siècle, ces portraits figés denfants posant devant un décor en compagnie de leurs jouets favoris, quelle retravaille pour leur conférer une aura tantôt humoristique, tantôt sinistre. A ces mises en scène orchestrées sopposent les expressions incontrôlables dAnya Janssen (NL), ou encore la dérision des portraits et autoportraits de Colin Cook (USA). Si les compositions alambiquées dEric White (USA) ont encore un rapport direct, bien que ténu, avec la reproduction du réel, Léopold Rabus (CH) confesse essayer « dillustrer le moment précis où lesprit quitte, volontiers ou non, le corps humain ». De même, dans une totale confusion des genres, limagerie érotico-mystique de Frans Franciscus (NL) sinspire tant de Memling, Van Eyck ou Pontormo que de photos de mode. La démarche dElizabeth Huey (USA) semble dictée par les mêmes recherches, mais sur un mode autrement plus léger. A lillusion de matière épaisse sur la surface des tableaux de Stephan Balleux (B) sopposent les lavis évanescents de Charley Case (B), tandis que les compositions de Thierry Feuz (CH) évoquent un monde végétal et fantastique observé au microscope. Enfin, si Gauthier Hubert (B) ironise sur la manière des petits maîtres du dimanche, Jacques Lizène (B) est bien le seul dont on puisse dire que sa peinture « est de la merde, vraiment ! ».
Pierre-Yves Desaive
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