WITTE ZAAL
Posteernestraat 9000 Gent België/Belgium
Preview/Opening Monday/maandag 17.11.2003 18.00 > 23.00
Exhibition/Tentoonstelling 18.11 > 13.12.2003
The WITTE ZAAL open from Tuesday till Friday: 12.30 - 18.00 and Saturday: 14.00 - 17.00
De WITTE ZAAL is open van dinsdag tot vrijdag van 12.30 tot 18.00 en op zaterdag van 14.00 tot 17.00
Du 18 novembre au 13 décembre 2003, le centre d’art WITTE ZAAL de Gand présente « Without Fear or Reproach » (« Sans peur et sans reproche »).

L’ironie des nombres ; 9/11 : la somme de toutes les peurs – 911 : un numéro d’appel à l’aide et à l’espoir… tel est le sujet de l’étonnante vidéo de Christoph DRAEGER, tournée dans les rues de New York et projetée simultanément sur 4 écrans.

L’exposition, organisée par le galeriste bruxellois Jérôme Jacobs, rassemble les visions subjectives de 19 artistes – vivant pour la plupart aux Etats-Unis – sur l’après 11 septembre. Une sélection tragi-comique dans un environnement perturbé, teintée d’une dose d’humour et d’optimisme, comme dans la vidéo de Colin COOK, « Everything is beautiful ».

Depuis septembre 2001, l’Amérique est parvenue à focaliser un déchaînement de passions à l’échelle mondiale. La nation tente, hésitante, de renaître de ses cendres. Des milliers d’hypothèses ont été émises quant à comprendre pourquoi « cela » s’est passé et pourquoi les représailles américaines ont été si irresponsables. Politiciens, sociologues et intellectuels de tous bords ont donné leur interprétation. Cependant l’inexplicable reste inexpliqué. Du moins en apparence.

L’un des objectifs de cette exposition est d’ouvrir une autre voie. Toutes les œuvres présentées dans « Without Fear or Reproach » ne sont pas motivées par le 11 septembre. Certaines ont été créées bien avant. Mais elles ont été délibérément sorties de leur contexte d’origine. En sont-elles visionnaires ?

Il ne s’agit nullement ici d’une critique des Etats-Unis du nouveau millénaire. Pas de violence gratuite, ni de sarcasme facile. La simple expression d’une perception particulière.

L’attaque des Twin Towers a levé une frénétique croisade contre le prétendu « axe du mal ». La guerre aurait dû apporter la délivrance, aidée en cela par la déshumanisation qui bat au cœur de ce jeu meurtrier ou par le bombardement esthétisant de victimes invisibles. Le terrorisme n’est qu’une sanglante horreur injustifiée, comme dans cette sculpture réaliste de John ISAACS : une botte de cowboy chaussant une jambe démembrée.

La peur et le chagrin ont engendré une colère débridée et une haine aveugle d’où le bon sens a été banni. Les « Angry Americans » de Ryan McNAMARA posent la question toujours éludée : cette colère a-t-elle pu être déclenchée par l’absence de contrôle ?

Après tout, les auteurs de l’attentat ont peut-être atteint leur but. Les ennemis pleurent (la série de photos « No Compassion » de Jiri DAVID), mais leur identification n’est-elle pas erronée ?

L’obsession génère des tabous portant sur certaines images, telles les portraits des dix-neuf terroristes du 11 septembre, retravaillées par la peintre Joy GARNETT en un cliché de la terreur.

Un pays se prétendant le champion de la liberté est muselé par le secret, la conspiration et les pressions. Mais une rumeur irritante persiste : s’agissait-il d’une conséquence ou d’une opportunité ?

Le monde politique est aussi dans la ligne de mire. La légitimité du leadership est établie ou annulée par un simple couper/coller (la vidéo de Maria FRIBERG, « No Time to Fall », 2001), les membres du Congrès apparaissent votant des politiques discutables (quatre-vingt-dix-huit figurines de 65 cm de haut de Jon HADDOCK, reconstituant le Congrès américain en train de voter le Patriot Act,), et l’extrémisme s’enrobe de paroles suaves (dessins de Rainer GANAHL).

Les médias sont dénoncés pour leur compte-rendu inexact de la réalité, une façon de manipuler l’opinion somme toute peu éloignée de la propagande. La désinformation peut mener à l’illusion parfaite, guidée par la colère et la peur.

Mais qui a-t-il donc de si différent dans ce 11 septembre ? Comme Leon GRODSKI l’exprime dans son installation vidéo « Great Balls of Fire », « la surprise n’était pas l’émotion à l’ordre du jour ».

La violence coule dans les veines de l’Amérique. Les choses pourraient-elles être ce qu’elles semblent ? Comme dans le tableau grandeur nature de David NICHOLSON, un homme d’apparence suspecte, voire menaçante, avec un doberman, alors que « l’assassine adolescente passionnée » chante en toute innocence dans la vidéo « Teenage Daydream, it’s only Rock’n Roll » d’Alex McQUILIKIN ?

La force de l’art réside avant tout dans son évidente visibilité. Il peut parfois être ce qu’il prétend. C’est cela qui va choquer le spectateur. Il reste à espérer qu’au retour de ce voyage au bout de la folie, il réalise que la violence n’est qu’une option parmi tant d’autres.

Churchill HAIG
Octobre 2003

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