12.09 > 18.10.2003 – PREVIEW 11.09.2003

Du 12 septembre au 18 octobre 2003, la galerie Aeroplastics présente « Female Turbulence », une exposition rassemblant pas moins d’une trentaine d’artistes, vidéastes, plasticiens ou photographes. Fidèle à sa tradition d’humour, de dérision et d’ironie, Jérôme Jacobs interroge la représentation de la gent féminine dans un certain art contemporain. Vous avez dit sexe faible ? En cas de turbulences, attacher sa ceinture.
Avec « Femmes fatales », le Musée des Beaux-Arts d’Anvers a récemment donné un aperçu de la manière dont le dix-neuvième siècle bourgeois et académique a encensé – tout en le réprouvant pour des raisons de convenances – le charme vénéneux de « créatures » soigneusement placées en marge des décisions de la société du temps. L’émergence d’un art porteur de revendications féministes puis, plus récemment, de créations qui interrogent les limites de la représentation du masculin et du féminin, a débouché sur des productions et des attitudes radicales, où le mouvement homosexuel militant joue un rôle prédominant. Mais si les Love parades et Gay prides ont banalisé le phénomène « drag queen », celui des « drag kings » reste lui largement méconnu. Le photographe Del LaGrace Volcano en est l’un des plus éminents représentants ; auteur du Drag King Book, il a pris part récemment au projet « Body modification » de la Macquarie University (Australie), qui vise à rassembler scientifiques et artistes autour du thème de l’identité sexuelle. « Dr. Del », comme il aime à s’appeler, se définit comme un « gender terrorist », qui conteste la partition sociale effectuée entre masculin et féminin sur base des seuls critères biologiques. Les Guerrilla Girls se chargent d’ailleurs d’en étudier les effets sur le monde de l’art ; depuis les années quatre-vingt, ces activistes qui ont chacune adopté le nom d’une femme artiste célèbre, dénoncent la sous-représentation systématique de la gent féminine dans le monde de l’art : « Do women have to be naked to get into the Met. Museum ? Less than 5% of the artists in the Modern Art sections are women, but 85% of the nudes are females » ; « Women in America earn only 2/3 of what men do. Women artists earn only 1/3 of what men do », sont quelques uns des slogans qui couvrent leurs affiches. Lorsqu’il s’agit d’alimenter la presse « people », la femme joue par contre toujours un rôle de premier plan, au détriment du respect le plus élémentaire de la vie privée. Mais où se cache la réalité, où est la manipulation ? C’est la question que nous posent les « mental images » de Alison Jackson, dont le travail à récemment fait l’objet d’une exposition au Musée de la Photographie de Charleroi ; ses images de paparazzi montrant une discussion entre Diana, Charles et sa maîtresse Camilla, ou les mêmes en compagnie de la reine mère, remettent en cause bien des avis éclairés sur les relations entre les membres de la famille royale. Mais, tout comme le cliché révélant le goût de David Beckham pour les strings, ces images sont créées de toutes pièces, non pas par montage, mais avec l’aide de sosies et de mises en scène sophistiquées. Ce sont par contre de vraies stars qui posent pour Greg Gorman et Anton Corbijn, mais c’est ce dernier qui parvient, mieux que quiconque, à leur faire abandonner leur masque de célébrité. Issu de la photographie de mode, Marcel van der Vlugt joue par contre avec outrance sur la notion de mannequin, couvrant le visage de ses modèles d’aliments divers afin d’en faire, au sens strict, des produits de consommation (série « I like »). D’autres photographes de mode, tels que Izima Kaoru et Cornelie Tollens, jouent également à détourner un genre très codifié. De son côté, Myriam Hornard interroge les stéréotypes féminins d’un monde également régi par des règles strictes, celui du roman-photo. C’est un autre monde qu’explore Pamela Peeters, qui se définit comme « a city explorer of urban ecology, community and business news » ; anversoise d’origine, elle est aujourd’hui basée à New York où elle produit l’émission Our-Planet.org : « I bring you interviews with people who are a source of inspiration for the current and the next generations to come. »
Comme c’est souvent le cas chez Aeroplastics, l’exposition confronte le travail d’artistes connus (Cindy Sherman, Nobuyoshi Araki, Andres Serrano, Shirin Neshat, Laurie Simmons, John Isaacs, Annie Sprinkle – avec son célèbre « Bosom Ballet », chorégraphie mammaire pour ses mains gantées de noir –, …) à celui de plus jeunes créateurs. Citons, parmi ceux-ci, le vidéaste mexicain Yoshua Okon avec « Cockfight », une joute verbale particulièrement explicite (grâce aux sous-titres) entre deux adolescentes. Avec « Get your gun up », la new-yorkaise Alex Mc Quilkin inscrit ce type de conflit dans la tradition du western spaghetti : deux jeunes filles en bikini, filmées à la taille, miment un duel sur fond d’une musique type « il était une fois dans l’Ouest ». La Suissesse Elodie Pong dévoile dans sa vidéo ses magnifiques tatouages, en particulier un papillon dont le battement d’ailes provoquera bien quelques turbulences. Cette mise à nu apparaît comme un contre-pied de l’installation « Any deal now / any reality now » qu’elle a récemment réalisée au Centre culturel suisse à Paris, variante sur le thème de l’auto confession cher à Sylvie Blocher, pour laquelle le visiteur était convié à révéler son secret le plus intime…

Pierre-Yves Desaive

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